Publié par : Sans Compromis | novembre 8, 2010

« Trouver des moyens pour durer. Longtemps »

29 jours de grève pour les postiers du 2e arr. de Marseille.Derrière la défense de leur statut -refus d’interimaire pour remplacer les CDD- ces hommes et ces femmes engagés font le lien avec les retraites: Sans vrai boulot, et vrai salaire, le problème des retraites se reposera sans cesse. Et ils tiennent.

« On se préparait pour la journée contre la réforme des retraites du 12 octobre quand, le 7, notre direction a voulu nous imposer un intérimaire pour remplacer une jeune en CDD depuis 7 mois. C’est comme ça qu’on est parti un peu plus tôt dans la lutte pour défendre nos statuts ».

Alain Croce est délégué CGT au centre postal du 2e arrondissement de Marseille. Dans un cabanon flanqué dans un coin du parking,l’ambiance est chaleureuse. Plusieurs personnes sont là, discutant en buvant un café, préparant des tracts, épluchant la presse, recensant le nombre de signatures de la pétition lancée la veille : « 500 signatures en 1 heure et demi, hier ! On en est à plus de 650 aujourd’hui ». C’est ici que, tous les matins, est discutée puis votée la reconduction de la grève. Aujourd’hui ils en sont à 29 jours, suivie à 100% des effectifs, cadres compris. « On parle, on n’est pas d’accord sur tout mais on arrive à trouver le fil conducteur qui fait que l’on tient » commente Alain Croce. Pas facile de tenir quand le salaire dépasse à peine les 1200 euros. « Mais ce n’est pas parce qu’on s’enfonce dans le mal vivre qu’on ne peut pas relever la tête » lâche Alain, qui a en mémoire les mouvements durs déjà menés : 4 mois de grève en 1992, plusieurs mois en 1995… Autour de lui, même les plus jeunes acquiescent de la tête. « On nous avait dits que quand les vieux partiraient, les jeunes ne nous suivraient plus. Mais ces jeunes ont obtenu des CDI grâce à nos luttes.
Aujourd’hui, ils savent d’où ils viennent et sont très combatifs » sourit le syndicaliste. Pour l’instant, seuls les premiers jours de grève ont été défalqués.

Tandis que le Secours Populaire apporte déjà les premiers colis alimentaires, qu’une solidarité en interne se met en place, les postiers s’organisent pour anticiper sur les prochains bulletins de salaires qui promettent d’être très maigres. Une souscription a été lancée sur le quartier d’abord puis reprise par l’Union locale et même l’Union départementale qui récoltera des soutiens durant la manifestation d’aujourd’hui.

« Là, on a un soutien massif de la population »

Si les poches sont presque vides, le moral est là. « La différence avec les mouvements précédents est que là, on a un soutien massif de la population. Ils sont mécontents, bien sûr, de ne pas avoir leur courrier mais ils le sont contre la Poste. Pas contre nous » avance Alain Croce. Il est vrai que l’équipe ne ménage pas sa peine pour communiquer avec la population. Via les facteurs déjà, qui connaissent très bien leur secteur. Mais aussi en tractant dans la rue ou lors de deux réunions publiques dans des salles du quartier. Mardi prochain, c’est sur site qu’ils organisent une rencontre avec les habitants*. Une aide-soignante logeant dans une rue
adjacente confirme. « Bien sûr que c’est problématique. Je reçois le courrier de ma mère et il a fallu que je pense à anticiper les factures que je n’allais pas recevoir pour payer et éviter par exemple des coupures de gaz. Mais ce n’est rien, cela. Il suffit de s’organiser. Et leur combat est juste ». Même son cloche chez un jeune homme, plutôt classe moyenne pourtant, habitant dans les nouveaux bâtiments que
le projet Euroméditerranée a implanté sur ce périmètre. « Moi, que des gens se battent pour le service public, je trouve ça bien même si on essaye de nous faire croire que c’est devenu ringard ». « Ce matin, nous étions aux obsèques d’un ancien. Et le prêtre a dit que le facteur n’apportait pas que des lettres, mais aussi du réconfort, de l’attention et un service public, respectueux des gens, de leur intimité… C’est bien que cela soit dit, car facteur, c’est un vrai métier » soupire Alain Croce.
Service public, fonctionnaires… Il est loin le temps où le prétendant devait apprendre par cœur la liste des départements français.

« Un coup de projecteur sur une classe ouvrière qui, enfin, se retrouve »

Aujourd’hui, ces postiers seront tous dans la manifestation. « Le combat n’est pas fini. Il y a encore le conseil constitutionnel et aussi le fait qu’elle ne soit pas promulguée ou pas appliquée » estime Alain Croce. « Ce n’est pas la fin du combat. Et ça ne nous décourage pas que certains soient repartis au travail. Je suis sûr que c’est uniquement pour reprendre des forces, pour trouver de nouveaux moyens pour maintenir le combat. On a bien vu que le gouvernement n’écoutait pas le peuple, qu’il impose ses choix, faits au service du fric et de la finance. On a pu ainsi voir qu’il s’agissait bien de lutte des classes. Avec ce mouvement, on a eu un coup de projecteur sur une classe ouvrière qui, enfin, se retrouve. Le tout, maintenant, c’est de durer. Longtemps ».

Reportage Angèlique SCHALLER

http://www.lamarseillaise.fr/le-fait-du-jour/trouver-des-pour-durer.-longtemps.html


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