Publié par : xxx | octobre 23, 2010

« Le président a déclaré la guerre au monde du travail ! »

France 24, 22 octobre 2010 :

Témoignage de Jacky Pailloux, délégué syndical Sud Chimie à la raffinerie Total de Normandie à Gonfreville-l’Orcher. Il travaille depuis 16 ans dans un centre de recherche sur le procédé de raffinage.

« Même si on voulait redémarrer demain – ce qui n’est pas le cas – il faudrait entre une semaine et dix jours »

Nous sommes en grève reconductible depuis le 12 octobre. Notre raffinerie, la plus grande de France, est complètement à l’arrêt. Nous distillons habituellement du pétrole brut pour fabriquer du gaz, du kérosène, des carburants essence et Diesel, des huiles pour moteurs ou encore du bitume. Notre site est tellement immense et le processus de production tellement complexe que nous avons mis plus d’une semaine à tout arrêter. Et même si on voulait redémarrer demain – ce qui n’est pas le cas – il faudrait entre une semaine et dix jours.

Je vais vous expliquer très simplement les causes de cette grève. Le gouvernement propose un projet de loi contraire à l’intérêt des salariés retraités. Nous estimons qu’une solution moins défavorable est possible en partageant mieux les richesses. On peut encore sauver notre système de retraites par répartition en s’attaquant à la cause première du déficit : le chômage massif. S’il y avait moins de cinq millions de chômeurs, il y aurait moins de problèmes pour payer les retraites. Il faut rééquilibrer les taxes sur les profits.

« Le ministre de l’Intérieur communique en ce moment sur ces grèves incompatibles avec la liberté de circuler en Europe, mais que faisait-il de cette liberté de circuler cet été quand il a expulsé les Roms? »

Au-delà de la question des retraites, il y a d’autres raisons qui se rajoutent au motif officiel de la grève, et qui expliquent son succès. Le ministre de l’Intérieur communique en ce moment sur ces grèves incompatibles avec la liberté de circuler en Europe, mais que faisait-il de cette liberté de circuler cet été quand il a expulsé les Roms ?

Nous ne reprendrons pas le travail tant que la loi sur les retraites ne sera pas retirée. Le vote au Sénat est un non- évènement. Vous savez en France, quand le peuple se soulève, tous les pouvoirs plient. Toujours. Pensez au CPE ou à 1995. Restons unis. C’est un rapport de force. Et ils vont voir notre impact. Certes, les vacances scolaires ne jouent pas en notre faveur. Mais on a un véritable potentiel de généralisation. Les camarades en pharmacie, en chimie, dans l’énergie, chez EDF, nos sous-traitants pourraient prochainement rejoindre le mouvement. À chaque fois que le gouvernement a montré les muscles, il l’a regretté. Les images des gens de Grandpuits et l’accélération des débats au Sénat vont jouer en leur défaveur.

« Je peux vous assurer que si les CRS se présentent devant les grilles , en 15 mn nous rassemblons plus de 1 000 personnes. »

Je n’ai jamais connu une telle mobilisation depuis mai 68. J’avais 16 ans à l’époque, mais je m’en souviens parfaitement. Alors certes, la mobilisation n’est pas la même partout. Il n’y a pas encore de véritable généralisation. Les actions se concentrent pour le moment dans certains bassins d’emplois comme Marseille ou ici au Havre. Mais il faut, en général, trois semaines pleines de mobilisation pour que tout le pays bascule en grève générale. Et je retrouve la même détermination qu’en mai 68, une forme d’évidence dans les reconductions spontanées de grève. Ce midi, par exemple, nous avons fait une réunion du personnel et après ce qu’il s’est passé cette nuit à Grandpuits, des centaines de personnes sont venues. Des retraités, des gens du Port Autonome du Havre , des salariés de Renault, des fonctionnaires. C’est comme en mai 68 : ça chauffe dans un coin, tout le monde se rassemble. En plus avec Internet et les téléphones portables, ça accélère le processus. Je peux vous assurer que si les CRS se présentent devant les grilles , en 15 mn nous rassemblons plus de 1 000 personnes.

 » Le président a déclaré la guerre au monde du travail ! »

Les coups durs pendant les grèves, nous y sommes habitués. Parfois, ça provoque une grande émotion comme en 1992, quand le pouvoir avait envoyé les chars contre les camions. Mais ce matin, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a fait bien pire que de passer en force. Il a déclaré la guerre au monde du travail en utilisant une réquisition préfectorale pour briser le droit de grève dans une entreprise privée ! C’est anticonstitutionnel. À ma connaissance, il n’y a pas eu d’acte aussi grave de réquisition du personnel depuis Vichy.

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