Publié par : xxx | octobre 22, 2010

Pas de vacances pour la lutte des classes au Havre

Le Post, 22 octobre :

L’intersyndicale nationale a prévu des journées d’actions pour les 28 octobre et 6 novembre. Bof. Au Havre, les journées d’action, c’est tous les jours jusqu’au retrait de la réforme des retraites. Et les sénateurs peuvent aller se rhabiller…

On ne le dira jamais assez. Malgré le froid, malgré la fatigue, les heures passées sur les barrages routiers sont des moments suspendus. Des moments d’exception. C’était le cas encore aujourd’hui sur les blocages dans l’agglomération havraise. De six heures à midi, dockers, travailleurs portuaires, lycéens, étudiants, douaniers, territoriaux, travailleurs de l’industrie pétrochimique, de chez Renault, de chez Lafarge, enseignants, postiers, métallos, cheminots, infirmiers… font connaissance, échangent, partagent leurs expériences, sympathisent. D’excellentes dispositions pour les combats présents et à venir…

Sur le barrage dressé au carrefour du pont VII bis, l’expérience s’acquiert vite. Des cargaisons de palettes, des litres de café chaud, des caisses de croissants, quelques ballons, une sono transforment vite un carrefour de zone industrielle en zone conviviale autonome. Rock, blues, salsa accompagnaient des centaines de grévistes qui peu à peu construisent des relations solidaires et fraternelles. De temps en temps, la musique s’interrompait pour laisser place aux nouvelles du jour. C’est ainsi que nous suivions en direct les événements de Grandpuits (Seine-et-Marne). Les poings serrés dans les poches.

La gendarmerie est donc intervenue pour déloger violemment les grévistes de la raffinerie qui ravitaille en carburant la région parisienne. Bilan, trois militants CGT à l’hosto. Le gouvernement entend réquisitionner les grévistes. Le hic, c’est que cette procédure est totalement illégale. Au-delà de cette entorse, il faut noter que le gouvernement agit dans le cadre du code de défense nationale, une disposition qui n’a pas servi depuis Pétain. Un goût de pourriture s’est installé dans nos gosiers. En réaction, en plus des deux barrages enflammés, une brève AG a décidé de bloquer la voie ferrée où passent des trains de marchandises.

Vers midi, le barrage a été levé pour rejoindre la raffinerie de Normandie-Total où se tenait une assemblée générale interprofessionnelle. « Le gouvernement déclare la guerre aux salariés, tonne un syndicaliste CGT. Le code de défense nationale n’est mis en place qu’en cas de conflit armé. Où est la guerre ? C’est le mouvement social qui est visé. On ne peut pas laisser passer. » Même tonalité chez le syndicat SUD Chimie. « Nous vivons un événement extrêmement grave. Du jamais vu depuis la Libération. Sous couvert de réquisition, le pouvoir s’en prend au droit de grève. Ça dépasse la lutte contre la réforme des retraites. Sarkozy brise la Constitution, le droit social, le droit de grève. Cette affaire doit mobiliser l’ensemble du pays d’une manière massive et collective. »

Le secrétaire de l’union locale CGT d’Harfleur en rajoute une couche pour dénoncer les forces de désordre. « Le chef de l’Etat et le préfet sont payés pour faire respecter l’ordre public. A Grandpuits, le président s’assoit sur la Constitution et le préfet organise le désordre. C’est une atteinte aux libertés. » Ce fut ensuite au tour de Marcel Saunier de prendre la parole devant quelques centaines de grévistes de tous horizons venus aux nouvelles. « Je suis entré en 1955. J’avais vingt-deux ans. C’était l’année de la grande grève… qui fut perdue. » Marcel, qui n’est pas un « ancien combattant » mais un combattant, a été de toutes les luttes de la CFR. « Moi l’ancien, moi le vieux, je peux vous dire que je suis très très très fier de vous. » Applaudissements émus.

Jean-Paul Lecoq, député-maire PCF, écharpe en bandoulière, a aussi été invité à s’exprimer. Il a insisté sur le fait que, derrière la réforme, ce sont tous les acquis sociaux qui seront mis à bas. Sécurité sociale comprise. « Le capital s’est servi sur le dos du monde du travail. C’est cet argent-là qui manque. C’est cet argent-là qui doit être réparti. Maintenant, Sarkozy ne supporte pas le droit de grève. Mais le mouvement que nous vivons est extraordinaire. Bien qu’il perturbe la vie quotidienne, il est soutenu par 70% des Français ! Les valeurs historiques de la France, ce sont les grévistes qui les défendent. La dignité est de votre côté. »

Une dignité saluée par de nombreux messages venus d’Angleterre, d’Allemagne, d’Espagne, de Guadeloupe, d’Irak… Pour lutter contre les dérives fascisantes d’un gouvernement dépassé par les événements, les grévistes havrais ne prendront pas de vacances. Samedi et dimanche, des distributions de tracts se feront sur divers marchés de la ville pour continuer à élargir la résistance. Dès lundi, une action est prévue dans la gare. Mardi, de 7 à 10 heures, blocages à Octeville et devant Dresser. Mercredi, de 4 heures à midi, blocages sur cinq points de la zone industrielle pour la cinquième fois. Du jamais vu depuis quarante ans. Jeudi, grande manifestation le matin et actions surprises l’après-midi. Etc.

Que le Sénat ait voté la réforme ne change rien à notre détermination. « Même si une loi est votée, on peut la faire reculer. Rappelez vous le CPE », soulignent les syndicalistes qui comptent maintenir la légitime pression populaire. Le gouvernement a perdu la bataille de l’opinion. Il perd pied et utilise la violence comme tous les régimes à bout de souffle. Rien ni personne n’arrêtera notre colère, ni Sarkozy, ni la mollesse des directions syndicales parisiennes. Vive la grève générale ! Vive la sociale !

Pour plus de précisions sur la mobilisation havraise, lisez Havre de Grève.

Quelques photos du barrage sur le carrefour du pont VII bis et de l’assemblée générale devant la raffinerie de Normandie-Total.

 


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