Publié par : xxx | septembre 26, 2010

« Toute la journée debout pour 1100 euros »

Témoignage publié par l’Humanité, 25 septembre :

Comme beaucoup d’autres voix féminines, Yasmina, ouvrière du textile dans le Nord, se mobilise contre une réforme qui pénalise en premier lieu les femmes. Lille (Nord), correspondance.

Être une femme, vivre dans le Nord et travailler dans la filière textile, c’est déjà tout dire, non ? Yasmina préfère taire son nom de famille. Protéger sa famille d’on ne sait quelles possibles représailles. Néanmoins, à quarante-cinq ans, elle est dans la rue, à Lille, ce jeudi 23 septembre, contre la réforme des retraites, avec les « copines » de la boîte : Diramode-Pimkie, du groupe Mulliez.

Préparatrice de commande. Debout toute la journée, avec des critères de rentabilité de plus en plus prégnants, pour « 1 100 euros par mois en moyenne, en fonction des primes, mais rarement plus ». Les bénéfices de l’entreprise se chiffrent en dizaines de millions d’euros, mais un plan de suppression de postes, basé sur des départs volontaires a concerné récemment 191 personnes. « Elles sont parties, les unes démotivées, les autres, très fatiguées. »

Yasmina est restée. Un mari cariste et deux enfants à nourrir. Mais « les filles qui sont restées ont besoin d’être aidées ». Yasmina milite. La voici même déléguée syndicale depuis quinze jours et participant aux premières grosses manifs de sa vie sous les banderoles CGT. « Le gouvernement impose que les salariés travaillent plus longtemps, mais pourrons-nous travailler jusqu’à l’âge légal ? ». C‘est la question qu’elle se pose. Dans le textile, quand on n’est pas poussé vers la sortie avant l’âge par un licenciement, on y est contraint par l’état de santé.

Chaque mois, priorité aux factures, aux impôts et aux deux enfants de dix et quatorze ans. L’envie d’un petit resto ou de vêtements à la mode, oui, mais non. Yasmina et son mari ne veulent pas risquer le surendettement. Fille d’un mineur de fond, devenu peintre en bâtiment, ayant vécu quinze années de chômage… Yasmina sait à quoi ressemble la pauvreté.

Déjà vingt-cinq ans de travail dans les pattes. Intérim, Tuc, après un CAP-BEP, elle avait repris des cours pour décrocher le bac, nourrissant quelques espoirs. Au final, pas de quoi échapper à un emploi d’ouvrière. Mais de quoi décrypter l’information ! « Si on regarde bien, c’est toujours aux mêmes qu’on s’en prend. Les vaccins inutiles contre la grippe A vont creuser le trou de la Sécu et c’est à nous de payer à travers le déremboursement des médicaments ! » C’est l’exemple qui lui vient immédiatement à l’esprit « parmi d’autres ». Un exemple de ce qui la révolte pour expliquer qu’elle manifeste aujourd’hui contre la réforme des retraites, « d’autant que les analyses montrent que les femmes vont perdre jusqu’à 40 % de leurs revenus une fois à la retraite », mais aussi contre « toutes les injustices qui pèsent toujours sur les mêmes ! ».

Elle insiste sur ce point. Et conclut avant de courir rejoindre le tintamarre des 27 000 manifestants lillois : « Mon conseil aux femmes pour espérer une retraite digne ? Ne quittez jamais un mari, même horrible, s’il a un bon salaire ! Eh ! N’écrivez pas ça ! Je plaisante ! »

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