Publié par : shifou | septembre 16, 2010

« Moi, la retraite, je suis pas prêt d’en voir une… »

Initiative Communiste-Ouvrière, 16 septembre 2010 :

Trente sept annuités et demi ?

Depuis plusieurs années, le mouvement pour défendre le droit à la retraite s’est focalisé sur un chiffre : « 37,5 annuités ». Personne n’ose présenter ce chiffre comme un idéal, mais plutôt comme le symbole de ce qui avait été acquis, de ce pour quoi on s’était battu et on allait continuer à se battre.

Dès qu’on se penche sur la question des retraites, cette question des annuités pose un problème de fond, parce que les conceptions sur lesquelles elles sont basées sont discutables. Considérer qu’il faut avoir travaillé un certain temps pour avoir le droit de bénéficier d’une retraite, semble acceptable comme forme de solidarité entre salariés au sein d’un système capitaliste, à condition que chacun et chacune aie la possibilité d’atteindre ce nombre d’années, « d’annuités ».

Or, c’est l’inverse qui se produit, bien sûr. Si on galère pour trouver du boulot, si on bosse au black, si on est précaire, chômeur en fin de droit, travailleur sans-papiers, si on commencé à bosser tard après des études longues si on s’est arrêtée de travailler pour élever ses enfants – et là, ce sont presque toujours les femmes – les 37,5 annuités sont un objectif inatteignable, un véritable « plafond de verre ». Chaque hausse de l’âge de la retraite accentue cet effet, mais ne change pas grand-chose à l’impression décourageante que cela produit.

Nous voulons avoir une retraite parce qu’on espère un jour ne plus être obligé d’aller travailler, qu’on a envie de profiter de son temps, et faire autre chose que sa vie à la gagner. On veut des retraites parce qu’à un certain âge, on fatigue, on est cassé physiquement et souvent moralement, on en peut plus d’attendre que ça s’arrête. Avoir un âge comme horizon, ça n’est peut être pas très enthousiasmant, mais ça fixe un repère. C’est pour ça que la question de l’âge de départ est ressentie de manière plus vive que celle des annuités, trop technique.

Il existe un grand décalage entre l’idée commune qu’on se fait de la retraite et sa réalité pratique, surtout quand on se trouve dans l’un des cas dont je viens de parler – c’est-à-dire, pour la majorité des gens. Quand on parle de retraite à 60 ans, ça semble assez simple et évident : quand on a atteint l’âge, on s’arrête de travailler et on reçoit de l’argent pour vivre « une retraite bien méritée ». Même chose, quand on parle de retraites à 55 ans, parce qu’on comprend bien que certains métiers sont plus fatigants, demandent plus d’énergie, de concentration, ou usent plus vite la santé. Mais dès qu’on découvre le système des annuités, on déchante. Ca ne fonctionne pas du tout comme ça. On vient de découvrir le plafond de verre : au-dessus de soi, ça a l’air très beau, mais on ne pourra jamais y aller.

Qu’est-ce que nous avons à répondre à celle ou celui qui nous dit : « Moi, la retraite, je suis pas prêt d’en voir une… » ? Cette personne, ces personnes, nous en connaissons toutes et tous, même quand on n’est pas soi-même directement concernés.

On peut discuter longuement des circonstances historiques pour lesquelles on a mis en place le système des annuités. Mais aujourd’hui, on doit bien constater qu’il est devenu source d’inégalité plutôt que d’égalité et de bien-être. Nous voulons le retrait de la reforme sur les retraites, parce qu’elle accentue cette inégalité, mais ça ne nous interdit pas de discuter de ce que nous voulons à la place.

Il faut poser la question autrement. Les salariés ont le droit de s’arrêter à un certain âge, quelque soit leur carrière, les galères qu’ils ont connus, les interuptions. Les personnes âgées ont le droit de vivre décemment – et on ne peut pas imaginer une vie décente avec une pension dont le montant serait inférieur au salaire minimum, au SMIC, puisqu’il est précisément défini comme le minimum nécessaire pour vivre. Fonder la retraite sur le salaire, alors que les femmes touchent toujours un salaire inférieur aux hommes, c’est perpétuer l’inégalité. Donc, il faut revendiquer la retraite à 60 ans ou 55 ans dans les secteurs concernés, indépendamment de toute référence au nombre d’années de travail, avec un montant qui ne soit en aucun cas inférieur au salaire minimum. C’est une revendication communiste, fondée sur un idéal d’égalité et de solidarité.

Nicolas Dessaux


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